C’était dur, épuisant, mais elle a survécu. Nous, les plus jeunes, étions tenues à l’écart. On nous faisait attendre des heures dans le froid sans aucune explication. Puis, certains jours, des agents venaient, nous observaient, discutaient entre eux, prenaient des notes, et certaines filles étaient appelées par leur nom ou par leur numéro.
Elle ne retournait jamais travailler le jour même. Parfois, elle ne revenait pas du tout. Lucy, la jeune fille que j’avais vue ce premier soir, n’était plus qu’une ombre. Elle ne parlait plus, ne mangeait plus, restait assise sur sa couchette, les yeux fixés sur le mur. Marguerite m’a dit qu’on l’avait emmenée trois fois en cinq jours. « Pourquoi ? » ai-je demandé.
Marguerite baissa les yeux. « Pour ce qu’ils appellent des expériences médicales. Mais ce ne sont pas des expériences, c’est de la torture. Ils testent des méthodes et des appareils sur des corps qu’ils considèrent comme jetables. » Ma gorge se serra. « Quels appareils ? » Elle hésita. Puis elle me le dit, la voix brisée par les électrodes.
Il les lui attache aux poignets, aux chevilles, parfois. Ailleurs, ils lui infligent des chocs électriques pour voir combien de temps une femme peut tenir avant de perdre connaissance. Ils appellent ça un traitement électrique. Ils disent que c’est pour la recherche, mais c’est un mensonge. Ce n’est que de la cruauté déguisée en science. Je suis restée pétrifiée. J’ai eu froid dans le dos. Et pourquoi nous ? Pourquoi des jeunes ? Marguerite me regarda avec une infinie tristesse.
Parce que tu es fraîche, parce que ton corps est plus résistant, parce que tu cries plus fort. Je ne comprenais pas. Je ne voulais pas comprendre. Mais deux jours plus tard, on a appelé mon nom. C’était un matin gris et pluvieux. Nous étions alignés comme d’habitude. Un officier s’est approché avec une liste. Il a lu plusieurs noms. Le mien était le 4. Thérèse du Valallon. Caserne 7.
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