Marguerite me tira par le bras. « Ne regarde pas, ne pose pas de questions. » Mais je regardai quand même et vis une jeune femme à peine plus âgée que moi sortir du bâtiment, soutenue par deux gardes. En vain. On la traînait. Ses jambes ne la portaient plus. Son visage était blanc. Ses lèvres tremblaient. Ses yeux… Ses yeux étaient vides. Je le reconnus.
Elle était arrivée avec moi dans le même camion. Elle s’appelait Lucy. Elle avait dix ans. Ce que j’ai vu sur son visage ce soir-là, je ne l’oublierai jamais. Ce n’était pas de la douleur. C’était pire, indescriptible. Et c’est là que j’ai compris. Ce camp n’était pas un camp de travail, c’était autre chose. Quelque chose dont personne ne parlait, quelque chose que les livres d’histoire ne mentionnent pas.
Les jours suivants, j’essayai de comprendre, de me faire oublier, d’éviter d’attirer l’attention. Mais dans ce camp, l’invisibilité était illusoire, surtout pour les jeunes. Chaque matin, le même rituel : réveil à 5 heures, appel dans la cour, séparation. Les plus âgés partaient travailler : coudre des uniformes, laver le linge, trier le matériel.
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